Charllie

Le réalisateur français a publié avant-hier une lettre, dans le journal Le Monde, et ce, à la suite des événements liés à l’attentat au sein de l’hebdomadaire satirique.

«Mon frère, si tu savais combien j’ai mal pour toi aujourd’hui». En commençant sa lettre par ces mots, Luc Besson veut avoir une pensée pour les musulmans, «montrés du doigt» depuis la semaine dernière. Le réalisateur se pose une question primordiale: quelle est la société proposée aux fidèles de cette religion? Selon lui, elle est «basée sur l’argent, le profit, la ségrégation et le racisme».

Le réalisateur de Lucy en appelle «aux puissants, aux grands patrons, à tous les dirigeants» pour aider «cette jeunesse.» Il conseille aux jeunes d’étudier, de travailler, de profiter des outils de la démocratie. Ils doivent se servir d’un «crayon plutôt que d’une kalachnikov», pour avoir plus d’impact.

Luc Besson affirme que le terrorisme ne pourra pas gagner, car «l’histoire est là pour le prouver». Le réalisateur continue sa lettre en évoquant les frères Kouachi, qui selon lui «n’appartiennent pas à la communauté musulmane» et qui n’étaient que «deux faibles d’esprit, abandonnés par la société». Il conclut son message par un témoignage de sa solidarité: «Aujourd’hui, mon frère, je pleure avec toi.»

L’intégralité de la lettre de Luc Besson, publiée dans Le Monde:

«Mon frère, si tu savais combien j’ai mal pour toi aujourd’hui, toi et ta belle religion ainsi souillée, humiliée, montrée du doigt. Oubliés ta force, ton énergie, ton humour, ton cœur, ta fraternité. C’est injuste et l’on va ensemble réparer cette injustice. On est des millions à t’aimer et on va tous t’aider. Commençons par le commencement. Quelle est la société que l’on te propose?

»Basée sur l’argent, le profit, la ségrégation, le racisme. Dans certaines banlieues, le chômage des moins de 25 ans atteint 50%. On t’écarte pour ta couleur ou ton prénom. On te contrôle dix fois par jour, on t’entasse dans des barres d’immeubles et personne ne te représente. Qui peut vivre et s’épanouir dans de telles conditions?

»On fait passer le profit avant toute chose. On coupe et vend le bois du pommier et après on s’étonne de ne plus avoir de fruit. Le vrai problème est là, et c’est à nous tous de le résoudre.

»J’en appelle aux puissants, aux grands patrons, à tous les dirigeants. Aidez cette jeunesse, humiliée, atrophiée qui ne demande qu’à faire partie de la société. L’économie est au service de l’homme et non pas l’inverse. Faire du bien est le plus beau des profits. Chers puissants, vous avez des enfants? Vous les aimez? Que voulez-vous leur laisser? Du pognon? Pourquoi pas un monde plus juste? C’est ce qui rendrait vos enfants les plus fiers de vous.

»On ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres. Ce n’est ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est juste égoïste, et ça entraîne notre société et notre planète droit dans le mur. Voilà le travail que nous avons à faire dès aujourd’hui pour honorer nos morts.

»Et toi mon frère, tu as aussi du boulot. Comment changer cette société qu’on te propose? En bossant, en étudiant, en prenant un crayon plutôt qu’une kalachnikov. La démocratie a ça de bien qu’elle t’offre des outils nobles pour te défendre. Prends ton destin en main, prends le pouvoir.

»Ça coûte 250 euros pour t’acheter une kalachnikov mais c’est à peine 3 euros pour t’acheter un stylo, et ta réponse peut avoir mille fois plus d’impact. Prends le pouvoir et joue avec les règles.

»Prends le pouvoir démocratiquement, aide tous tes frères. Le terrorisme ne gagnera jamais. L’histoire est là pour le prouver. Et la belle image du martyr marche dans les deux sens. Aujourd’hui il y a mille Cabu et mille Wolinski qui viennent de naître.

»Prends le pouvoir, et ne laisse personne prendre le pouvoir sur toi. Sache que ces deux frères sanglants d’aujourd’hui ne sont pas les tiens, et nous le savons tous. Ce n’étaient tout au plus que deux faibles d’esprit, abandonnés par la société puis abusés par un prédicateur qui leur a vendu l’éternité…

»Les prédicateurs radicaux qui font leur business et jouent de ton malheur n’ont aucune bonne intention. Ils se servent de ta religion à leur seul avantage. C’est leur business, leur petite entreprise. Demain, mon frère, nous serons plus forts, plus liés, plus solidaires. Je te le promets. Mais aujourd’hui, mon frère, je pleure avec toi.»

Luc Besson

lefigaro

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