DSC_0234Le 22éme sommet panafricain vient de s´achever ce vendredi 31 janvier 2014. Pendant deux jours, les représentants des pays membres de l´Union Africaine, au total 54 dirigeants se sont réunis dans la capitale Ethiopienne, Addis-Abeba pour discuter des questions brûlantes du continent. Deux sujets ont dominé le rendez-vous continental, la question de l´autosuffisance alimentaire et le déploiement d´une force africaine de réaction rapide.

L´agriculture et la sécurité alimentaire  en Afrique.  

Le 22éme sommet de l´Union africaine a été placé cette année sous le signe de l´agriculture et de la sécurité alimentaire. La dépendance alimentaire constitue une menace sérieuse pour beaucoup de pays africains. 

L´Afrique est le continent des crises alimentaires récurrentes. Dans la plupart des pays africains, les produits alimentaires de base restent inabordables pour les populations. Certains pays par exemple comme le Niger, le Soudan ou d´autres en conflits, dépendent étroitement de l´aide alimentaire internationale. L´ensemble du continent ne parvient toujours pas á résoudre le probléme de l´autosuffisance. Prés de 33% de la population africaine, soit environ 200 millions de personnes, est sous-alimenté. Paradoxalement l´Afrique dispose d´immenses ressources naturelles et agricoles qui pourraient nourrir toute la planéte. La Chine et l´Inde, qui disposent de 3 á 6 fois moins de surfaces cultivables disponibles, ont réussi á résoudre le probléme de l´autosuffisance alimentaire. On ne peut pas développer le secteur agricole africain si la grande majorité des paysans est laissé complétement á l´écart. L´Union Africaine a décidé d´inciter tous ses Etats membres á tenir leur engagement en consacrant 10% de leurs budgets nationaux á l´agriculture. L´un des enjeux majeurs de l´Afrique pour les prochaines années est de remettre la révolution verte au cœur des préoccupations fondamentales, en vue d´éradiquer la faim et la malnutrition sur le continent. Pour y arriver les pays membres ont décidé fermement de relancer l´agriculture. L´Union africaine peut par exemple imiter le modèle européen en matiére d´agriculture en instaurant une politique agricole commune. La politique agricole commune de l´UE a permis l´augmentation significative du niveau de la production agricole en Europe, la modernisation des exploitations et l´amélioration de leur productivité. Les paysans européens disposent d´un budget de 15 milliards d´euros. Pourquoi pas un budget simulaire pour nos paysans?

En dehors de ce sujet consacré á l´agriculture, les dirigeants africains ont longuement discuté sur la question relative á la force africaine de réaction rapide. Les pays africains souhaitent assurer dans un délai raisonnable leur propre sécurité. Depuis la création de l´Union africaine en 2002 en remplacement de l´organisation de l´Unité africaine, elle a été peu présente dans la gestion des nombreux conflits armés (RDC, Soudan, Somalie). L´Union africaine s´est même montré profondément divisée au conflit ivoirien. Ailleurs, ses médiations ont pu échoué par exemple en Libye oú certains dirigeants africains ont participé indirectement á l´assassinat du colonel Kadhafi ou ont reconnu le Conseil national de transition. Le cas échéant elle se révéla politiquement inexistant avec la piraterie maritime dans le golfe d´Aden ou le conflit Malien. De même que l´Afrique a été incapable de résoudre la guerre en Centreafrique et au Soudan.  Cependant, la mise en place de la force africaine de réaction rapide a divisé les pays membres au 22éme sommet de l´Union africaine. Le Nigeria s´est opposé au projet contrairement á l´Afrique du Sud, l´autre poids lourds du continent qui soutient l´initiative. Néanmoins, des pays économiquement faibles comme le Sénégal, le Niger, le Tchad, l´Ethiopie et l´Ouganda restent favorables á une telle initiative.  Notons que deux problémes majeurs se posent pour la capacité militaire des pays africains á réagir rapidement en cas de conflits.

D´abord, la plupart des armées africaines sont mal équipées et mal commandées. L´état de déliquescence des armées africaines est si avancé que n´importe quel mouvement armé disposant de quelques Kalachnivkov est capable de les mettre en déroute. Aucun pays africain n´a accés á des satelites capables de le renseigner sur les mouvements de personnes ou d´aéronefs suspects dans son espace aérien sans l´aide de forces étrangéres. Aucune armée africaine n´est en mesure de défendre son propre territoire national en cas d´attaques. Je ne suis pas contre l´initiative des pays africains mais il faut d´abord moderniser nos armées nationales. Ensuite, le contrôle des frontiéres ainsi que le déploiement des forces rapides exigent des moyens humains, matériels et financiers importants. Ces moyens sont hors de portée des Etats africains pris individuellement. Les principales ressources de l´Union africaine proviennent des Etats non africains. Seulement 40% du budget de l´UA est assuré par les Etats membres dont le Nigeria, l´Algérie, la Libye, l´Afrique du Sud et l´Egypte restent les gros contributeurs. Les 60% restants sont financés par l´Union européenne, la Banque mondiale, le Japon, l´Inde et la Chine. Ironie du sort, les pays africains étaient incapables de financer le nouveau siége de l´Union africaine qui a été construit grâce á la coopération sino-africaine.  Et cela peut constituer un blocage des ambitions de l´Union africaine car comme dit l´adage « celui qui emprunte est l´esclave de celui qui prête ». L´Union africaine dépend pour plus de 92% de son financement des partenaires étrangers et les Etats membres ne participent qu´á hauteur de 8%. Thomas Sankara disait « celui qui vous donne á manger vous dicte également ses volontés ».

Souleymane Sokome
Consultant politique et juridique á Berlin en Allemagne
 

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