1-1393741707-paul_biya_signatureHuffington Post fait circuler en ce moment une liste de 16 dictateurs les plus cruels du monde inspiré à travers les données de l´Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette liste a comme caractéristiques majeures que ces présidents, qualifiés de dictateurs, sont vieux et malades. Dans cette liste, y figure au total sept présidents africains qui sont, pour les uns, au pouvoir depuis l’indépendance du pays et pour les autres, une deuxième génération de président de la République. Les indépendances ayant lieu depuis les années 1960, il faut donc dire que ce sont tous des régimes d’un demi-siècle maxi pour les uns et d’un quart de siècle mini pour les autres.

Le régime de Paul Biya est troublant et révélateur de beaucoup de dysfonctionnement et de désorganisation volontaire qui ne laisse personne indifférente. Le dernier rapport du Département d’Etat Américain publié la semaine dernière est bien là pour montrer le bien-fondé de la place qu’occupe le président de la République Camerounaise. Ce rapport s’inquiétait précisément de la conduite des dossiers de certains prisonniers des détournements des deniers publics à l’exemple de Marafa Amidou Yaya.

A 82 ans, Paul Biya, cet autocrate au pouvoir depuis 32 ans est considéré comme parmi les plus anciens du pré-carré néocolonialiste français et tient le pays d’une main de fer. Il contrôle donc tout : le système politique (l’exécutif), économique, judicaire et législatif malgré le discours démocratique que l’on peut prêter à son pouvoir. La science politique appelle ce genre de système un régime « totalitaire ».

Paul Biya est donc considéré comme un « Tout-puissant ». En langage populaire camerounais ça se nomme le « Nom-Gui » qui signifie le « Roi ». Des sources anonymes rapportées par le média social en ligne Voix d´Exil affirment qu’« On ne peut lever la tête et manifester, au Cameroun, sans se faire tabasser par des éléments de la sinistre brigade d’intervention rapide (BIR), une milice à la solde du régime. Dans les prisons comme dans les commissariats, la torture est si répandue qu’elle s’est banalisée dans l’esprit des gens ». Plusieurs méthodes permettent au régime de résister et de se perpétuer malgré son impopularité : corruption, tribalisme, achat de conscience et répression.

Ce régime n’a donc rien à envier aux régimes dictatoriaux balayé par le « printemps arabe ». La répression peut donc être sanglante. Le souvenir de la manifestation contre « la vie chère » (en février 2008) est encore frais dans la mémoire. Plus de 140 jeunes chômeurs, vendeurs à la sauvette, débrouillards et étudiants/élèves furent massacrés comme de vulgaires bandits alors qu’ils ne revendiquaient que le bien-être. Quelques années avant, en 1991 et 1992 (années de braise), le pays a connu des manifestations et des mouvements d’humeurs appelés « villes mortes » qui se sont soldées par un bilan de plus de 400 morts. Les victimes les plus célèbres des manifestations de février 2008 sont notamment Paul Eric Kingue, encore en prison, et Lapiro de Mbanga qui vient de rendre l’âme à Buffalo aux USA le 16 mars dernier. Plus récemment encore, après l’élection présidentielle d’octobre 2011, deux leaders de l’opposition progressiste Alexis Ndema Same et Albert Moutoudou, président et secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (UPC) (Albert Moutoudou, coauteur, avec Jean Chatain, du livre Kamerun, l’indépendance piégée, sur la guerre d’indépendance qui opposa l’UPC à la France coloniale (L’Harmattan)) ont été interpelés et se voient reprocher l’organisation d’un rassemblement contestant la légitimité d’ « Elections Cameroon » (ELECAM), organisme chargé de refondre les listes électorales et d’organiser les scrutins. Cette institution étant très contestée par la majorité des leaders, a donc été pointée du doigt pour avoir favorisé la réélection du dictateur Paul Biya.

En définitive donc, Paul Biya doit son maintien au pouvoir grâce, en 2008, à la modification de la constitution de 1996 fruit d’un dialogue appelé tripartite décidée après les années de braises de 1991 et 1992. Cette modification a été considérée comme une trahison à travers le non-respect de l’une des clauses de la tripartite qui limitait le mandat présidentiel à sept ans renouvelable une seule fois. C’est la levée du verrou de la limitation du mandat présidentielle qui a fait déborder l’eau du vase. La répression sanglante qui en est suivie est restée en travers de la gorge des jeunes les plus courageux. Le discours de circonstance du président de la République a mis un point d’honneur pour mettre hors d’état de nuire tous ceux qui, appelés « apprentis sorciers », oseraient encore montrer son nez dehors. Depuis cette date, la population camerounaise est donc victimes de cette répression psychologique qui hante les esprits. La peur dans le ventre de se voir flouer une balle dans la nuque par les « milices » du dictateur appelée « BIR » n’a pas encore été dominée. En attendant que la peur puisse changer de camp, la vigilance de la population est légendaire par le choix qu’elle s’est donnée de répondre aux abonnés absents sur des questions et les participations politiques.

Voici le classement complet de Huffington Post

1· Arabie Saoudite : Abdullah Bin Abdul-Aziz Al Saud, 88 ans, au pouvoir depuis 2005

2· Oman : Qaboos Bin Said Al Said, 73 ans, au pouvoir depuis 1970

3· Cuba : Raúl Castro, 81 ans, au pouvoir depuis 2006

4· Iran : Ali Hosseini-Khamenei, 73 ans, au pouvoir depuis 1989

5· Koweït : Jaber Al Hamad Al Sabah, 83 ans, au pouvoir depuis 2006

6· Laos : Choummaly Sayasone, 76 ans

7· Kazakhstan : Noursoultan Nazarbaïev A., 72 ans, au pouvoir depuis 1990

8· Guinée équatoriale : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 70 ans, au pouvoir depuis 1979

9· Cameroun : Paul Biya, 79 ans, au pouvoir depuis 1982

10·Congo-Brazzaville : Denis Sassou Nguesso, 69 ans, au pouvoir de 1979 à 1992 et depuis 1997

11· Fidji : Ratu Epeli Nailatikau, 71 ans

12· Angola : José Eduardo dos Santos, 70 ans, au pouvoir depuis 1979

13· Singapour : Tony Tan Keng Yam, 72 ans, au pouvoir depuis 2011

14· Ouganda : Yoweri Kaguta Museveni, 68 ans, au pouvoir depuis 1986

15· Côte-d’Ivoire : Alassane Ouattara, 70 ans, au pouvoir depuis 2011

16· Zimbabwe : Robert Mugabe, 88 ans, au pouvoir depuis 1987

Tchakounte Kemayou 

 

 

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