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© Ouoba-Ahmed, AFP | Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi dans les rues de Ouagadougou.

C’est par de nombreux slogans pour fustiger les crimes et pour réclamer justice et vérité, que le Collectif des Organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODMPP) et la Coalition nationale de lutte Contre la Vie Chère, la Corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC) ont marqué le 16ème anniversaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses compagnons. En cette matinée de samedi, 13 décembre, la détermination était bien palpable à la « Place de la Révolution » à Ouagadougou.

Un anniversaire pas comme les autres. « Le 16ème anniversaire se tient dans un contexte particulier marqué par la chute du régime Compaoré ». Après le dépôt des gerbes de fleurs sur les tombes au quartier Gounghin plus tôt dans la matinée, les manifestants se sont donnés rendez-vous à la « Place de la Révolution » pour une marche-meeting. C’est de cette place que sont partis les marcheurs en empruntant l’avenue de la nation pour déboucher sur Kwamé N’Krumah, Houari Boumediène, l’avenue Bassawarga pour rallier le point de départ.

Avec un dispositif sécuritaire interne impressionnant, les marcheurs ont bouclé, les leaders en tête, le circuit sans non seulement le moindre débordement mais aussi galvanisés par des slogans contre l’impunité, les crimes impunis et autres maux qui « gangrènent » la société. Dans ce chapitre, les manifestants ont dévoilé : Justice pour Norbert Zongo et ses compagnons, justice pour Thomas Sanakara, justice pour Dabo Boukary, justice pour Flavien Nébié, Salifou Nébié, justice pour les martyrs de l’insurrection des 30 et 31 octobre dernier.

De retour à la Place de la Révolution, les autorités de la transition ont fait leur entrée peu avant les interventions. A la tête de la délégation desdites autorités, le Premier ministre, Isaac Yacouba Zida « himself » accompagné de ses ministres de la justice, celui de la communication, le ministre des sports et loisirs ainsi que celui de l’administration territoriale et de la sécurité. A côté des membres du gouvernement, le président du CNT (Conseil national de la transition), Shériff Sy. C’est par l’hymne du Collectif, « crime à Sapouy » qu’a été ouverte la série d’interventions par le message du représentant de la famille de Norbert Zongo et de ses compagnons. Un message livré par Victor Zongo qui s’est montré reconnaissant envers toutes les couches sociales, l’ensemble du peuple burkinabè, pour les seize années de mobilisation et de lutte pour la justice pour le journaliste et ses compagnons.

La lutte commence à porter fruit !

« C’est l’espoir enfin, de voir étanchée, cette insatiable soif de justice, une soif immense et intense, qui nous a conduites dans la rue au cours de ces 15 dernières années », a relevé le président du Collectif Chrysogone Zougmoré, se référant à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre dernier qui a conduit à la chute du Président Blaise Compaoré. « Norbert Zongo, alias Henri Sebgo, directeur de publication de l’hebdomadaire burkinabè « L’Indépendant », était un journaliste émérite et un militant infatigable des droits humains. Humaniste, Norbert Zongo avait fait de la défense des droits humains et de la démocratie, une des raisons de sa vie. Il a sillonné les provinces du Burkina, animé des conférences et sensibilisé les populations sur les droits humains. Ecrivain engagé, il a dénoncé tour à tour dans ses romans « Le parachutage » et « Rougbenga », les pouvoirs dictatoriaux d’après indépendances, les brutalités et les sévices infligés à nos populations pendant la période coloniale. Dans le domaine journalistique, Norbert Zongo a poussé le journalisme d’investigation à un niveau jamais égalé dans notre pays. Il a mis à nu, les pratiques mafieuses et les trafics sordides du pouvoir de la IVème République. Son acharnement et sa détermination à faire la lumière sur les crimes économiques et de sang, les violations des droits humains, dérangeaient le pouvoir de la IVème république et la mafia burkinabè », a rappelé le président du Collectif, M. Zougmoré. En cet après-midi du 13 décembre 1998, il a été assassiné avec ses compagnons Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo alors même que le journaliste enquêtait sur l’affaire David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré.

« Justice sera rendue au camarade Norbert Zongo et des entreprises nationalisées », promet le Premier ministre.

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© Autre presse par DR  Feu Norbert Zongo journaliste

Bien que n’ayant pas été annoncé pour livrer un message, le Premier ministre s’est vu « obligé », sous forte demande et insistance des manifestants, de prendre la parole pour se prononcer sur un certain nombre de doléances. « Le peuple souverain a demandé à ce que je parle ; alors, je ne vais pas me dérober. Je suis venu ce matin avec quelques membres du gouvernement, pour entendre ce que le peuple veut », a introduit le Premier ministre, Isaac Yacouba Zida avant d’affirmer : « Le message est très clair : le peuple veut la justice. Alors, je puis vous assurer que justice sera rendue au camarade Norbert Zongo ». « Mieux », le Premier ministre promet : « Justice sera rendue à tous ceux qui sont tombés sous les balles assassines de Blaise Compaoré. Nous allons y travailler ».

Sollicité également par les manifestants sur le dossier du RSP (Régiment de sécurité présidentielle), Isaac Yacouba Zida confie : « Je vous l’ai déjà dit et je le répète, le RSP est une unité militaire qui sera rattachée à l’Armée de terre pour d’autres missions. Des missions de lutte contre le terrorisme, des missions de lutte contre le banditisme ». En plus de cela, le Premier ministre fait savoir que le peuple veut que l’accent soit mis sur les questions de santé, de l’emploi, la nationalisation de certaines sociétés. « Le ministre de l’habitat a reçu des instructions pour nommer un Directeur général de la SOCOGIB. Vous savez bien que la SOCOGIB a été vendue à un franc symbolique ! C’est le patrimoine du peuple. Nous allons les retirer pour le peuple », a-t-il déclaré, ajoutant que même le « camp fonctionnaire » sera également retiré pour des besoins d’utilité publique, pour notamment être transformé en parking municipal.

Qu’à cela ne tienne, le Collectif et la CCVC invitent les populations à toujours rester vigilantes et mobilisées pour suivre l’évolution de la situation et surtout pour confronter les paroles aux actes.

 

 

Oumar L. OUEDRAOGO

Lefaso.net

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