IMG_1114

Si au plan politique l’année 2014 a été marquée par une révolution populaire au Burkina Faso, l’année 1991 a été quant á elle estampillée par la naissance de la IV République, deux faits majeurs pouvant constituer l’avènement d’une démocratie.

En effet, sous l’impulsion de front Républicain dirigé par le capitaine Blaise Compaoré, le Burkina Faso a adopté le 2 juin 1991 une constitution marquant la naissance de la IV République. La naissance de cette République devait mettre fin à un régime d’exception donc marquer la naissance de la démocratie dans notre pays. Mais, si au plan formel, le pays était considéré comme démocratique, nous sommes en droit de nous demander aujourd’hui si le Burkina Faso était réellement un Etat démocratique ?

Pour répondre à cette interrogation, il faut analyser les conditions d’adoption de cette constitution. Pour rappel, la démocratie est le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple. Si la constitution est le socle de la démocratie, il faut analyser les faits ayant conduit sa naissance. Au regard de la situation politique au pays des hommes intègres à cette époque et à la récente volonté du Président Compaoré de se maintenir au pouvoir, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que la démocratie au Burkina Faso n’était qu’une vue de l’esprit.

En effet, le régime d’exception en place en ce moment avait considérablement influencé les travaux du pouvoir constituant originaire lesquels travaux ayant conduit à l’adoption de la constitution, constitution qui est la pierre angulaire de toute démocratie. Ce régime, sous lequel les libertés individuelles et collectives étaient violées a eu pour objectif de mettre en place des règles qui leur permettraient de rester au pouvoir à vie. C’est pourquoi, au fond le Burkina Faso possède une loi fondamentale mais les mécanismes de fonctionnement des institutions ne permettent pas le respect des principes démocratiques. Au regard de ses dispositions, elle consacre un prince puissant qui ne peut que disposer de son peuple. L’exemple le plus parlant est la nomination des membres du conseil constitutionnel.

L’analyse de la procédure de nomination nous conforte dans notre thèse selon laquelle cette institution était contrôlée par le pouvoir exécutif dont M. Compaoré était l’incarnation. Ce faisant, le conseil constitutionnel n’était qu’une chambre d’enregistrement. Au Burkina Faso, depuis l’adoption de la constitution du 02 juin 1991, il n y a jamais eu de contrepouvoir effectif ni sur le plan juridique ni sur le plan politique. C’est ce qui explique d’une part les révisions intempestives de notre constitution et d’autre part les abus dont le peuple a fait l’objet. Alors que dans une démocratie réelle, il doit y avoir un équilibre des pouvoirs. C’est dans cet esprit que Montesquieu affirme dans son ouvrage Esprit des Lois : “Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir´´. Nous sommes conscients que la loi doit évoluer pour prendre en compte les réalités du moment. Mais pourquoi les cinq révisions constitutionnelles ont été faites uniquement par voie législative.

Il y a de ce fait une peur qui conduit les autorités locales à recourir à cette procédure car elles sont assurées que le parlement et le conseil constitutionnel sont acquis à leur cause. Au regard de ces faits, nous affirmons que depuis 1991, le Burkina Faso n’a jamais été un Etat démocratique mais plutôt une oligarchie, système politique dans lequel le pouvoir est détenu par un seul individu ou par un petit groupe de personne. Et dans de telle situation, seule une révolte populaire restait le seul moyen pour le peuple de retrouver son ‘’bien´´ confisqué.   C’est pourquoi la révolution populaire du 30 et 31 octobre 2014 constitue la naissance de la démocratie au Burkina Faso. Cette révolution traduit la volonté manifeste du peuple à exercer ce qui lui revient de droit c’est à dire le pouvoir. Ce peuple privé de son pouvoir depuis 27 années à plusieurs attentes légitimes. Ce peuple a des attentes qu’il attend voir combler. Á cet effet, nous pensons que l’avènement d’une Vème République pourra consacrer cette révolution, cette volonté du peuple, constitution qui prendra en compte les nouvelles aspirations du peuple. Cette constitution devra prendre en compte toutes les couches de la société c’est à dire les forces vives de la nation avec pour objectif de mettre en place des institutions fortes car le Burkina Faso après 23 ans de vie constitutionnelle a aboutie à la consécration d’un homme fort. Heureusement que le 30 octobre 2014, le peuple a compris qu’il a plus besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts. Contrairement á ce que pensait M. Compaoré « Il n’y a pas d’institutions fortes s’il n’y a pas, bien sûr, d’homme fort“. La Vème République devra donc jeter les bases d’une démocratie réelle.

 

 

 

 

Saidou Ouedraogo

POLITICS AND INTERNATIONAL DEVELOPMENT

Université de Sarre-Allemagne

 

Comments

comments

Loading...