sokome3C´est depuis Berlin que Souleymane Sokome, Juriste et Politologue, s´est prononcé  sur l’actualité Sénégalaise et africaine. Dans cet entretien, M. Sokome est revenu sur les attaques répétées de l’ancien Président de la République, Me Abdoulaye Wade à l’endroit de son successeur Macky Sall, sur le procès de Karim Wade et particulièrement sur l’actualité africaine qui reste dominée par la désignation de Robert Mugabe à la Présidence de l’Union Africaine. Il répond ici aux questions de Abdoulaye Faye de Dakar24.

Que pensez-vous des manifestations de l’opposition, et des attaques de l’ancien Président Wade à l’endroit de Macky Sall ?

L´article 10 de la constitution sénégalaise stipule que « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement ses opinions par la parole, la plume, l’image, la marche pacifique, pourvu que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur et à la considération d’autrui, ni à l’ordre public ». Le droit de manifester pacifiquement est un droit fondamental. Il est important donc de respecter cette clause juridique qui est garantie par la Constitution et des traités internationaux et régionaux dont le Sénégal a ratifié. Il incombe aussi á l´Etat de garantir et d´encadrer ces acquis démocratiques pour l´intérêt de la nation. Cependant, une vraie démocratie ne céde pas á la terreur. Dans certaines circonstances l´Etat doit rester fort si l´ordre public est menacé. Il faut aussi rappeler que la police n´est pas lá pour interdire des manifestations mais pour faire en sorte qu´elles se déroulent en toute sécurité.

En ce qui concerne les attaques du Président Wade á son successeur le Président Macky Sall il faut toutefois souligner qu´en politique les coups bas et les attaques font partie de la tactique pour conquérir l´électorat et affaiblir l´adversaire. Maintenant il revient au Président Macky Sall de refuser les attaques personnelles en prônant une politique qui pourrait changer positivement le quotidien des sénégalais. L’histoire montre généralement que, quand on s’en prend à des personnes réputées honnêtes et au service du peuple, cela profite plutôt aux victimes.

Etes-vous pour une liberté provisoire en faveur de Karim Wade ?

Personnellement non car une liberté provisoire pourrait remettre juridiquement en cause le procès en cours : risques de subordination envers les témoins qui pourrait rendre difficile la manifestation de la vérité. Vous savez une liberté provisoire en matiére juridique dépend toujours de la phase d´une procédure. Néanmoins, la justice doit accélérer son travail pour relaxer ou condamner l´accusé.

Est-ce que cette liberté provisoire pourrait apaiser cette tension politique ?

En matiére judiciaire il n´y a pas de sentiments ni d´état d´âme. Force doit rester à la loi. Le procés n´est pas politique mais certains l´ont voulu politiser pour masquer les tenants et les aboutissants. Pour cette cause la justice doit faire correctement son travail sans aucune pression politique ou maraboutique.

Etes-vous de ceux qui pensent que Wade ne se bat que pour la libération de son fils, Karim ?

Oui. Le Président Wade a maintes fois exprimé dans les médias son intention de combattre le régime en place et libérer son fils. C´est aussi son plein droit en tant que pére du détenu. Ce qui est déplorable par contre c´est le comportement indésirable de certains intellectuels, leur malhonnêteté, l´égoïsme et le manque de respect á l´égard des sénégalais et des institutions. Maintenant que chacun prend ses responsabilités car le Sénégal n´appartient á aucun clan.

Quelle est la riposte de l’Apr à ces assauts de l’opposition revigorée par Wade ?

Je ne peux pas me prononcer seul au nom de l´APR. Mais en tant qu´observateur politique, si l´opposition se soucie vraiment du développement de notre pays qu´elle présente aux sénégalais un programme de développement fiable pour revenir en 2017 selon les normes démocratiques au lieu de passer á longueur de journée á bavarder, á tenir des discours infructueux ou á rendre le pays ingouvernable. La démocratie c´est la compétition de réponses aux questions auxquelles les citoyens se posent. Le Président Macky Sall a été élu démocratiquement pour servir le peuple sénégalais et je pense nous devons le laisser faire avec patriotisme et détermination et le peuple aura son dernier mot. Certes, l´opposition politique est un trésor démocratique mais le Sénégal n´a pas besoin d´une opposition en caoutchouc sans vision claire de développement.

En tant que Politologue et Juriste sénégalais voir Africain basé en Allemagne, comment est-ce que vous réagissez à la désignation de Robert Mugabe à la Présidence de l’UA ?

Avec satisfaction du fait de son panafricanisme incontestable, son courage et sa détermination face á ceux qui prennent en otage l´Afrique pour empêcher son développement. Je pense il mérite cette haute distinction qui constitue un dernier baroud pour sa carriére politique mais aussi un grand au revoir á l´Afrique.

Qu’est-ce qui explique, selon vous cette désignation de Mugabe par ses pairs ?

Vous savez le Président Mugabe est une figure historique de l´émancipation africaine. Il symbolise toujours le combattant de la liberté et le héros d´une Afrique débarrassée de la domination coloniale. Il y a présentement une prise de conscience au niveau de la jeunesse africaine. Cette désignation de Mugabe à la présidence de l’UA montre que les nations africaines sont capables de dire non á l´Occident parce que la personnalité de Robert Mugabe n´a jamais poussé au consensus au niveau international. En dehors de cela, il faut retenir que selon le règlement de l´institution panafricaine la présidence est désignée á tour de rôle du point de vue géographique (Afrique de l´Ouest, Afrique centrale, Afrique australe, Afrique de l´Est, Afrique du Nord). Cette année c´était le tour de l´Afrique australe avec la candidature unique du Zimbabwe.

En 2006, on s’était retrouvé devant une situation similaire. Le président soudanais Omar el-Béchir voulait prendre la présidence de l’organisation. C’était une candidature extrêmement polémique. Là, l’Union africaine avait réussi à écarter cette candidature. Pourquoi est-ce que cette jurisprudence de 2006 n’a pas pu être appliquée cette fois-ci ?

Le contexte est différent. Le Président Omar el-Béchir a été impliqué par la communauté internationale dans les massacres du Darfour. Il est aussi visé par un mandat d´arrêt de la Cour pénale internationale dont 34 pays membres de l´Union africaine sont Etats parties au Statut de Rome de la CPI. Alors que le Président Mugabe fait juste l´objet de sanctions européennes et américaines pour déficit démocratique. En Afrique Mugabe est respecté par ses homologues et il jouit d´une grande popularité au niveau de la jeunesse africaine consciente.

Selon vous, comment les Africains perçoivent Robert Mugabe?

Il est perçu comme un héros au chevet de l´Afrique. Il est á l´image de Mandela et d´autres panafricains un symbole pour le continent.

Est-ce que cette désignation de Robert Mugabe peut avoir un impact sur le fonctionnement de l’Union africaine ou sur l’obtention de financement ?

Thomas Sankara disait « celui qui vous donne á manger vous dicte également ses volontés ». On a tendance aussi á dire que la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. Sur ce point de vue puis que Mugabe est contesté par ceux qui financent l´Union africaine, cette désignation peut avoir un effet négatif sur le fonctionnement de l´UA. Sans des ressources pérennes l´UA comme toute organisation ne peut fonctionner correctement. L´institution panafricaine dépend pour plus de 75% de son financement des partenaires étrangers et les Etats membres ne participent qu´á hauteur de 23%. Avec Mugabe elle est obligée de mettre sur pied une plate forme d´outils pouvant garantir á l´institution une indépendance financiére pour éviter tout dysfonctionnement. Nous devons compter sur nos propres moyens pour la crédibilité et le respect de l´Afrique. Il faut absolument sortir du syndrome de dépendance.

 

  

 

Interview réalisée par Abdoulaye Faye de Dakar24sn

Africpost  

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