norbert-hofer-autricheLes autrichiens étaient appelés le dimanche 24 avril 2016 á élire leur douziéme Président fédéral pour un mandat de six (6) ans. En tout six (6) candidats se présentaient á cette élection historique qui n´a jamais enregistré autant de prétendants depuis 1951.

Les candidats faisaient face au Chef de l´Etat sortant, le social-démocrate Heinz Fischer au pouvoir depuis douze (12) ans. La Constitution fédérale limite le nombre de mandat á deux (2) pour les Présidents. Du point de vue constitutionnel, le Président sortant ne pouvait plus solliciter un troisiéme mandat car il est rééligible qu’une seule fois.

Le parti autrichien d´extrême droite FPÖ, qui signifie « Liberté pour l´Autriche », dirigé par Norbert Hofer (Photo), a remporté le scrutin avec plus de 36% des voix. Un score symbolique sans une majorité absolue mais éliminant toutefois les candidats des deux principaux partis autrichiens traditionnellement au pouvoir, á savoir, les conservateurs et les sociaux-démocrates.

La victoire est historique parce que Norbert Hofer, un jeune politicien extrémiste âgé de quarante-quatre ans (44) élimine pour la premiére fois dans l´histoire politique de l´Autriche les candidats du parti des conservateurs (ÖVP) et des sociaux-démocrates (SPÖ), deux formations politiques qui se partagent la gouvernance du pays depuis 1945. Pour la premiére fois aussi dans l´histoire, un écologiste se hisse au second tour, Alexander Van der Bellen a obtenu 20,4% des suffrages aux dépens des conservateurs Andreas Khol et des sociaux-démocrates Rudolf Hundstorfer, arrivés respectivement á la quatriéme et cinquiéme position. Les deux candidats malheureux n´iront pas au second tour, prévu le 22 mai 2016.

Même si comparé au Sénégal, le Président Fédéral n´est pas le personnage principal de la vie politique autrichienne vue sa fonction principalement honorifique, néanmoins son élection au suffrage universel d’un scrutin uninominal majoritaire á deux tours déclenche dorénavant plus de passion en Autriche. La victoire du parti d´extrême droite FPÖ au premier tour de l´élection présidentielle constitue un véritable coup de tonnerre politique. Selon plusieurs sondages des instituts politiques il est fort probable que l´Autriche ait un Président d´extrême droite au soir du second tour. Une possibilité qui serait une premiére depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1918 les sociaux-démocrates ou les conservateurs ont toujours occupé le poste de Président fédéral en Autriche excepte avec les technocrates Michael Heinisch (1920-1928) et Rudolf Kirchschlaeger (1974-1986).

La tendance est en train de changer car depuis 2004 les extrémistes ne cessent de progresser aux différentes élections. Au Parlement autrichien, le FPÖ occupe 40 des 183 siéges. De même que le BZÖ, issu d´une scission de FPÖ, dispose de vingt-un (21) mandats. En tout plus de soixante (60) députés d´extrême droite siègent au Parlement autrichien. Une coalition inédite s´est même aboutie en 2005 entre les extrémistes et les conservateurs. Ce qui avait permis á Wolgang Schüssel l’ancien ministre des affaires étrangères de prendre la chancellerie à l’époque. Une période agitée se profile.

Historiquement, le Parti autrichien de la liberté (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ) a été fondé en 1949. Il a ainsi attiré un éventail d’adhérents libéraux anticléricaux inquiets de l’isolement potentiel de l’Autriche catholique par rapport à l’Allemagne nationaliste.
Cette nouvelle victoire du parti de l´extrême droite en Autriche face aux partis politiques traditionnels constitue une menace déferlante en Europe.

A cet effet, le populisme, la xénophobie et l´europhobie prennent une grande ampleur pour la manipulation des citoyens européens. Les partis d´extrême droite prônent des discours europhobes et anti-immigrés en multipliant des alliances: Les représentants du Front national français (FNF), de la Ligue du Nord (Italie), des démocrates suédois, du Vlaams Belang (Belgique), du Parti national-démocratique d´Allemagne (NPD) misaient par exemple sur une alliance au lendemain des élections européennes du 25 mai 2015 passées.

Les raisons de la montée en puissance des extrémismes ou populismes dans bon nombre de pays européens s´expliquent par le rejet de l´immigration qui constitue comme une menace sur l´identité nationale et les valeurs européennes. D´autres facteurs s´expliquent aussi par la situation économique difficile que traversent les pays européens (mesures d´austérité qui font régresser les conditions de vie, la remise en cause des systémes de retraite et de santé et le chômage en masse).

C´est ce que l´extrême droite a bien compris pour mobiliser les masses populaires en instaurant la peur et l´angoisse: peur des immigrés, peur de la criminalité, peur de l´islam, peur de l´euro, peur des européens de l´Est, peur du multiculturalisme, peur de la diversité. Les différents discours se focalisent sur l´incapacité des politiciens traditionnels d´apporter des réponses concrétes aux problémes économiques et sociaux que traversent l´Europe depuis la crise de 2008.

Le Parti d´extrême droite autrichien FPÖ a capitalisé sur le ressentiment d’une partie de la population, très divisée sur la question des réfugiés, et qui se sent menacée par le ralentissement économique. La coalition gouvernementale est chahutée par la crise des migrants et la montée du chômage. La campagne électorale a été dominée par la question du droit d’asile. Le gouvernement a établi des restrictions drastiques en la matière, l’extrême droite lui reprochant de ne pas en faire assez, et les défenseurs des droits de l’homme trouvant qu’il est allé trop loin. Selon les chiffres disponibles, l’Autriche a enregistré 90 000 demandes d’asile en 2015. Comparée à sa population (8,58 millions de personnes), c’est un chiffre qui la place parmi les premiers pays d’accueil en Europe.

Sileymane SOKOME
Consultant juridique et politique

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