cropped-Africpost.pngPlusieurs versions coexistent mais toutes sont plausibles, voire se complètent… Les Britanniques votent ce jeudi pour élire une nouvelle majorité et peut-être un nouveau Premier ministre.  Un jour de scrutin plutôt inhabituel.

En France ou ailleurs dans le monde, le vote a lieu le dimanche afin qu’un maximum de personnes puisse être disponible pour se rendre aux urnes. Il en est autrement en Grande-Bretagne qui vote ce jour pour des législatives décisives pour l’avenir du pays. Mais pourquoi le jeudi?

Les explications varient mais sur l’île, l’hypothèse la plus répandue est que le jeudi était le jour qui précédait la paye, et donc celui où les électeurs étaient le moins susceptibles de tout dépenser dans les pubs. Selon d’autres versions, le jeudi était traditionnellement jour de marché, conduisant les habitants des campagnes à se rendre en ville.

Une réponse à l’abstention et à la montée des extrêmes

L’instauration de cette règle date de 1935 et est aussi une réponse au faible taux de participation enregistré lors de précédents scrutin. Le gouvernement anglais d’alors était aussi apeuré par la montée des extrêmes. Désormais, et si aucun texte de loi n’a décrété que le jeudi était le jour incontournable pour organiser un vote mais la “tradition” est restée. De plus, certaines minorités religieuses en Grande-Bretagne s’opposent fermement au retour du vote le weekend.

Néanmoins, une résidente de l’île ne sera pas en mesure de départager les deux favoris au poste de Premier ministre, le conservateur David Cameron et le travailliste Ed Miliband (Labour). Non ce n’est pas la toute jeune princesse Charlotte, Elisabeth, Diana mais son arrière grande-mère, la reine d’Angleterre, qui est la seule citoyenne anglaise à ne pas avoir le droit de vote.

Les grands enjeux des élections législatives

La Grande Bretagne et l’Europe: Les Conservateurs promettent un référendum en 2017. Les Travaillistes sont contre la sortie de la Grande Bregagne de l’Union européenne, et contre la tenue d’un référendum dont l’issue incertaine, selon eux, va faire mal à l’économie pendant les deux ans à venir. UKIP veut sortir le Royaume Uni de l’Union Européenne. Les Nationalistes écossais sont pro-européens.

L’immigration : consensus. Tous les partis nationaux pronent des réductions de l’immigration, ne serait-ce qu’à cause de la pression démographique. L’Angleterre est le pays le plus densement peuplé de l’Union européenne.  Mais tous les partis, y compris même UKIP, accepte que la Grande Bretagne a besoin de l’immigration. Paradoxalement, les politiciens prônent un dissous hostile aux immigrés. 

L’économie. Les Conservateurs crient victoire; chômage en baisse constante, inflation vaincue, salaires qui commencent à augmenter plus vite que le coût de la vie – tout cela grâce à leur politique d’austérité…. qui doit continuer pour pouvoir en finir avec le dernier obstacle, le déficit. Ils promettent aussi d’abolir l’impôt sur les héritages en dessous d’un million de livres (1,2 M€) pour un couple. Ils promettent de lutter encore plus efficacement contre l’évasion fiscale.  Les Travaillistes critiquent la baisse du pouvoir d’achat, mais n’osent pas promettre de meilleurs jours, seulement un peu moins d’austérité et moins d’inégalités. Ils critiquent les “cadeaux aux riches” proposés par les Conservateurs, promettent d’instaurer un impôt “mansion tax” sur les maisons d’une valeur de plus d’1M de livres, et de supprimer les avantages fiscaux accordés aux “non-doms”, c’est à dire aux personnes vivant une bonne partie de l’année en Grande Bretagne mais optant pour un statut fiscal de non-résident

La Santé. Les Conservateurs promettent d’augmenter le budget de la santé publique de 8 milliards de livres… mais sans dire d’où vient l’argent. Les Travaillistes promettent 3 milliards, qu’ils ont budgetisés. Ils clament qu’avec les Conservateurs, l’avenir du système public de santé en Grande Bretagne est menacé par une privatisation lente.

Qui formera donc le prochain gouvernement britannique?

La position des Lib-Dems (Libéraux-démocrates) au lendemain des élections sera probablement cruciale, malgré la chute de leur popularité. Aux élections législatives de 2010, les Lib-Dems ont obtenu 23% des suffrages: aujourd’hui ils sont crédités de 5 à 6% des intentions de vote. Mais il est fort possible qu’ils gardent bon nombre de leurs députés qui ont un solide ancrage dans leur circonscription.

Il est donc possible que la coalition actuelle soit reconduite. Il est aussi possible que les Lib-Dems entrent en coalition (plus naturelle) avec les Travaillistes. Les deux grands partis feront tout leur possible pour éviter une coalition qui comprendrait les Nationalistes écossais ou UKIP, considérés comme trop indésirables. D’autres petits partenaires sont possibles; les unionistes d’Ulster (DUP), les Socio-démocrates d’Ulster (SDLP), les nationalistes gallois (Plaid Cymru), les Verts et quelques indépendants…. qui pourront tous avoir entre 0 et 4 sièges, peut-être jusqu’à 10 pour le DUP

Si le soutien de petits partis est nécessaire pour former une majorité au parlement britannique, on peut privilégier deux possibilités:

Coalition Conservateurs + Lib-Dems + DUP + in extrémis UKIP

Coalition Travaillistes + Lib-Dems + SDLP + Verts + éventuellement Plaid Cymru

Mais ce n’est que de la spéculation.Tout dépendra autant du nombre d’électeurs votant pour un candidat, que du nombre d’électeurs qui vont “voter utile” contre un candidat, pour essayer de barrer la route à un candidat donné gagnant avec une majorité toute relative.

Au niveau des réseaux sociaux, de très nombreux voix vont sûrement se reporter, dans de nombreuses circonscriptions, et selon la circonscription, sur le candidat le plus susceptible d’empêcher l’élection d’un Conservateur, d’un Travailliste, mais surtout d’un “Kipper” (candidat UKIP) ou d’un nationaliste écossais donné favori.  C’est une situation toute nouvelle, d’où la grande réticence des instituts de sondage.

Les résultats du scrutin seront connus au plus tard le vendredi soir. 

Africpost

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