001_04-25FOTOs 2014 Gert Schramm 038(1)C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Gert Schramm (Photo) survenu le 18 avril 2016, des suites d’une longue maladie. Il a été inhumé le 30 avril à Eberswalde où il vivait depuis des décennies.

Gert Schramm est né le 25 novembre 1928, à Erfurt, d’une mère Allemande et d’un père Africain-Américain.

A l’âge de 14 ans, il est arrêté par la GESTAPO, en raison de la loi sur l’infamie raciale promulguée par les Nazis. Schramm est d’abord incarcéré dans plusieurs prisons, de mai 1943 à juillet 1944, puis déporté au camp de concentration de Buchenwald où il devient le matricule numéro 49489.

Un pouvoir quelconque avait envahi ma vie et m’avait, moi un jeune de 14 ans, arraché d’un coup et de façon arbitraire à mon entourage. Je n’avais jamais pensé que les lois sur l’infamie raciale me menaçaient.» (p.54 «Wer hat Angst vorm schwarzen Mann?» Ma traduction ).

A la fin de la guerre, les Américains lui donnent la direction de l’entrepôt d’alimentation. C’était une chance unique, car la famine sévissait alors en Allemagne.

Par la suite, il est interprète pour les forces alliées soviétiques en Allemagne de l’Est, puis mineur “porion” en France, dans le Pas-de Calais, à Liévin.
De retour en Allemagne de l’Est, il renonce à une carrière de fonctionnaire politique et travaille dans les mines, puis dans les transports. En 1986, il crée sa propre entreprise de taxis dans l’ex-République Démocratique Allemande. Il devient le président de l’Association des Entrepreneurs de Taxi à Eberswalde. En 2007 il est élu vice-président du Comité des anciens détenus de Buchenwald, membre du groupe de travail du camp de concentration de Buchenwald-Dora. Gert Schramm a été durant de longues années, juge d’honneur, c’est-à-dire membre des jurés auprès du tribunal de sa ville.

Schramm se retire de la vie active après la Réunification de l’Allemagne, en 1990. Le 25 novembre 1990, un travailleur angolais, Amadeu Antonio, est sauvagement assassiné par des Skinheads à Eberswalde. Cet événement tragique marque le début de la lutte de Gert Schramm contre le racisme et son travail de prévention dans les écoles. Comme il le disait à nos élèves du lycée Ohm d’Erlangen, le 20 mars 2012 :

«Je souhaite que les jeunes ne tombent jamais dans les griffes de ces bandits de Nazis racistes et qu’ils ne soient pas sensibles à leurs paroles marquées par la haine et la discrimination raciale.»

Son autobiographie intitulée « Wer hat Angst vorm schwarzen Mann?» (Qui a peur de l’homme Noir ?» fascine toujours le public. Il l’a dédiée «à la jeunesse de notre pays, car elle est le garant de l’avenir». Il lègue à la postérité un message de paix et de réconciliation.

L’Ordre du Mérite National Allemand en 2014

Le 25 avril 2014, soit presque 70 ans après la libération des camps de concentration, le gouvernement allemand lui a décerné la plus haute distinction honorifique dans l’ordre hiérarchique du Mérite National Allemand, le «Bundesverdienstkreuz am Band,» ( La Croix de l’Ordre du Mérite Allemand avec l’écharpe).  Lors de la cérémonie de remise, le maire de la ville a déclaré :

«C’est votre mérite, d’avoir initié les jeunes à connaitre l’histoire allemande. Je vous suis reconnaissant d’avoir contribué à modifier le climat politique à Eberswalde au cours des 25 dernières années, afin que nous puissions vivre aujourd’hui dans une ville ouverte et tolérante»

Cette distinction tardive honore l’engagement de l’unique survivant Noir du camp de concentration de Buchenwald.

Le serment de Buchenwald

Dans son allocution de remerciement, Schramm a rappelé qu’il avait juré, le 19 avril 1945, lors d’une cérémonie funèbre pour les défunts du camp de concentration de Buchenwald, de combattre la violence raciale. Il est resté fidèle au serment de Buchenwald

«Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté»   avait-il déclaré.

Les métis-Allemands : Les Oubliées de l’histoire.  19.9.2015

Le 19 septembre 2015, Gert Schramm était l’un de nos hôtes dans le cadre des «Semaines de l’Histoire des Noirs» qui avait pour thème : « les oubliés de l’histoire : les Allemands Noirs durant la période nazie ». Il a animé une rencontre historique entre les trois survivants métis Allemands de la période du national-socialisme: Gert Schramm, Marie Nejar et Theodor Michael. Schramm voyait pour la première fois d’autres Noirs Allemands, victimes du nazisme et il ne les connaissait pas. Ce fut sa dernière participation à une manifestation culturelle. Ce fut également pour la première fois que ces trois (3) témoins de l’histoire se trouvaient ensemble.

Gert Schramm, détenu à Buchenwald

Avant notre rencontre, Gert Schramm était convaincu d’être le seul Noir en Allemagne à avoir subi les foudres de la Loi sur l’infamie raciale. Il ne savait pas qu’il y avait également des centaines de «Noirs» Africains, Antillais, Africains-Américains, métis Allemands, mais aussi des Indonésiens, des Sinti, des Roms et des Maghrébins qui avaient été incarcérés dans les camps de concentration en Allemagne, en France et en Pologne à cause de la couleur de leur peau. Les Nazis les considéraient tous comme des Noirs.

Les «Semaines de l’Histoire des Noirs» La Diaspora africaine et son histoire. Erlangen 19.9.2014

La rencontre d’Erlangen fut très impressionnante pour tous. Pour les rescapés, ce fut une occasion de témoigner d’un passé empreint de douleur et, pour le public, celle de prendre conscience d’une période où la folie meurtrière avait pris le dessus et d’en rencontrer des témoins oculaires. Ces témoignages de vive voix de rescapés de la terreur nazie nous ont vivement émus.

En se remémorant ses souvenirs de Buchenwald, Gert Schramm ne put retenir ses larmes. C’est d’une voix entrecoupée de sanglots qu’il a déclaré 

«Nous, les survivants, ne cesserons de lutter que lorsque le dernier nazi sera jugé ».

Les sanglots l’ont étreint. Gert Schramm n’a plus été capable de continuer à égrener le chapelet de ses souffrances au camp de concentration de Buchenwald. Il a fallu interrompre l’entretien, car regarder un homme âgé bouleversé par le récit de sa propre vie au point de sangloter devenait insoutenable. Ce fut un grand privilège d’avoir vécu l’Histoire avec des témoins de ce passé funeste.

Sincères condoléances Adieu Gert

Nous avons perdu un ami sincère, un homme engagé qui n’hésitait pas à faire des centaines de kilomètres pour transmettre son message de réconciliation.

Ces dernières années, il a sillonné presque toute l’Allemagne dans ce but.

Le 30 avril 2016, nous avons assisté à l’inhumation de l’unique survivant Noir du camp de concentration de Buchenwald au cimetière d’Eberswalde. Elle s’est tenue dans la plus stricte intimité.

Gert Schramm, l’un des derniers témoins contemporains des moments sombres de l’histoire de l’Allemagne, s’en est allé de l’autre bord. Une voix s’est éteinte, un humaniste a tiré sa révérence. L’unique survivant Noir du camp de concentration de Buchenwald est entré de plain-pied dans l’histoire. Ce qu’il nous reste de notre fidèle amitié, ce sont des souvenirs et une dédicace rappelant qu’il nous considérait comme «une âme sœur et une bonne amie ». Il conserve une place toute spéciale dans notre cœur.

Au nom des tous ceux qui l’ont connu, aimé et respecté, nous lui sommes reconnaissants d’avoir partagé un chapitre douloureux de son existence avec nous.

Nous nous inclinons très respectueusement devant l’une des dernières figures de l’histoire du 20ème siècle.

A sa famille éplorée, à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants et surtout à sa petite-fille qui, jusqu’à la fin a veillé sur lui, nous exprimons nos sincères condoléances et notre profonde sympathie.

Qu’il repose en paix. Que la terre lui soit légère!

 

 

 

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana                                    

Conseillère municipale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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