dpa-pa-caec-3117779-jpg_2751896_660x281L’Allemagne fait figure de pays de cocagne pour les candidats à l’exil. Les demandes d’asile explosent, provoquant un raidissement de la population.

Des campements de tentes bondées plantés sur des terrains en friche, des lits de camp alignés dans des salles de sport d’écoles, dans des garages et des nefs d’églises, des conteneurs installés à la hâte sur des parkings d’autoroute… les communes allemandes sont obligées d’improviser et ne savent plus où donner de la tête pour accueillir les réfugiés qui affluent de plus en plus nombreux en Allemagne. En 2014, ils étaient 200 000 à demander l’asile outre-Rhin. Selon les dernières estimations, on en attendrait 300 000 cette année. 20 000 pour la seule ville de Berlin. 10 000 pour Cologne. Un taux record.
L’Allemagne n’avait pas connu un tel afflux depuis plus de 20 ans. Cette arrivée massive place les communes face à une situation d’urgence et divise la population. L’Office fédéral des migrations et des réfugiés parle d’une “dynamique allant s’accélérant”.

Avec son taux de chômage peu élevé, le pays le plus riche et le plus stable de la zone euro est plébiscité par les réfugiés. Un pays dont le système de couverture sociale fait rêver. Dès qu’ils posent le pied en Grèce ou en Italie dans la zone Schengen, nombreux sont ceux qui n’ont qu’une seule idée en tête : arriver coûte que coûte en Allemagne. Selon l’UNHCR, le commissariat des Nations unies pour les réfugiés, c’est l’Allemagne qui accueille le plus grand nombre de réfugiés en Europe.
Entre 2008 et aujourd’hui, le nombre des demandeurs d’asile a presque doublé en Europe. Parmi les dix principaux pays d’accueil européens, l’Allemagne arrive en tête. Les demandes d’asile sont déposées principalement par des Syriens, des Irakiens, des Afghans fuyant leurs régions en crise, mais aussi par des Kosovars qui espèrent échapper à la misère économique et à la corruption dans leur pays. Les africains sont aussi sur la liste des demandeurs.
Pour le seul mois de janvier et selon les statistiques du ministère de l’Intérieur, 3 630 Kosovars ont déposé une demande d’asile, soit le double du mois de décembre. 18 000 sont arrivés en Allemagne depuis le début de l’année et dans plusieurs régions allemandes la procédure d’examen des demandes d’asile a été accélérée pour les Kosovars. En 14 jours, le dossier doit être bouclé. Et les autorités allemandes ont lancé une campagne d’information sur place au Kosovo pour prévenir les candidats au départ que leurs chances de s’installer en Allemagne sont extrêmement faibles. En janvier, 0,3 % seulement des demandes d’asile déposées par des Kosovars ont été acceptées.

Un raidissement de l’opinion
Les procédures de demande d’asile sont longues et complexes et le taux d’acceptation très faible. 18 % seulement des requêtes totales sont validées. Face à cet afflux, le Bundestag, le parlement allemand, pourrait déclarer la Serbie, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine comme des pays d’origine sûrs, afin que leurs ressortissants ne puissent plus obtenir le statut de réfugiés. Une réforme très contestée qui a donné lieu à un débat houleux. Mais selon le ministère fédéral de l’Intérieur, l’exclusion de ces pays des Balkans permettra un traitement plus rapide des autres demandes.
La population allemande est partagée. On observe un grand élan de solidarité. Des bénévoles organisent la collecte et la distribution de vêtements chauds et plaident pour qu’on ouvre les portes aux gens en difficulté dans leur pays. Mais pour certains – les manifestations Pegida en sont la preuve -, le “seuil de tolérance” est dépassé. La CSU – le parti bavarois très conservateur – exige un contrôle strict de la frontière avec l’Autriche, pays de transit.

Les organisations humanitaires ont beau rappeler que les réfugiés ne représentent que 1 % de la population allemande, un sondage commandité par la Commission européenne et réalisé par Eurobaromètre indique que près de deux tiers des Allemands ne souhaitent pas que des immigrés originaires de pays hors Union européenne s’installent chez eux. L’immigration est même – davantage que la crise de l’euro – le thème qui inquiète le plus les Allemands.

Africpost avec le correspondant de RFI á Berlin, Pascale Hugues

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