ebolaoct2016

Plus de deux ans et demi après le déclenchement officiel de ce que fut la plus importante épidémie d’Ebola, MSF s’apprête aujourd’hui à fermer ses derniers projets dédiés aux patients guéris – les «survivants».

L’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’ouest a infecté plus de 28 700 personnes et tué plus de 11 300 hommes, femmes et enfants. Des familles entières ont été décimées, des communautés ont été dévastées par la maladie, des écoles ont été fermées, l’économie et les systèmes de santé se sont effondrés ce qui a provoqué encore plus de pertes de vie. Le bilan humain choquant suite à l’épidémie a été exacerbé par la réponse internationale douloureusement lente.

«La souffrance causée par l’épidémie d’Ebola était immense», déclare Brice de le Vingne, Directeur des Opérations. «Elle a laissé une trace indélébile chez chaque membre MSF qui a voyagé à travers l’Afrique de l’ouest. Pour notre personnel dans la région, l’impact fût encore plus important – ils vivaient avec la menace journalière de la maladie, pendant qu’au travail ils faisaient face la réalité dévastatrice d’Ebola. Mais pour ceux qui ont été infectés par la maladie, et pour leurs familles, ça été l’enfer ».

Ceux qui ont survécu à Ebola n’ont souvent pas eu fini de se battre – beaucoup ont fait face à des problèmes médicaux et de santé mentale. Cependant, comme ils n’avaient jamais été confrontés à une épidémie de cette magnitude, il y avait une compréhension limitée de l’aide dont les personnes avaient besoin afin de rassembler les pièces du puzzle.

«Plus l’épidémie durait, plus il apparaissait évident que les survivants d’Ebola et leurs familles allaient avoir besoin d’un soutien significatif», déclare Petra Becker, chef de mission MSF au Libéria. «Peu à peu, nous nous sommes rendus compte que la majorité des patients guéris d’Ebola présentait un certain nombre de troubles, comme des douleurs articulaires, des problèmes neurologiques ou ophtalmologiques. À cela s’ajoutait, pour eux, leurs familles, mais aussi le personnel soignant confronté quotidiennement à la mort de nombreuses personnes, des syndromes de stress post-traumatique ou des états dépressifs.»

C’est pour répondre à ce vide sanitaire que MSF a progressivement mis en œuvre, en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée, des cliniques spécialisées dans la prise en charge des patients guéris. Au Libéria, dès janvier 2015, la première clinique ouvrait ses portes à Monrovia ; de janvier à août 2016, les équipes de MSF ont dispensé près de 1500 consultations médicales. À Conakry, en Guinée, une clinique a été ouverte en janvier 2016 pour les patients de la capitale, et ceux des préfectures de Coyah et Forécariah. On estime que près de 30 000 personnes ont été affectées directement ou indirectement par la maladie. Les équipes de MSF ont suivi plus de 330 patients guéris, mais aussi 350 proches de victimes de la maladie durement touchés psychologiquement. En Sierra Léone, MSF a assuré le suivi de 400 personnes à Freetown, et a organisé plus de 450 sessions de soutien psychologique, individuellement ou en groupe. 

Au fil du temps, et après leur prise en charge, la sévérité des troubles psychologiques s’est peu à peu amoindrie, raconte Jacob Maikere, chef de mission pour MSF en Sierra Leone.  Néanmoins, jusqu’à ce jour, certains continuent par exemple d’être profondément dérangés par l’odeur du chlore, qui les ramène immédiatement dans l’horreur du Centre de prise en charge.

Lutter contre la discrimination et la stigmatisation

Les survivants d’Ebola et leurs familles ont également fait face à une stigmatisation lorsqu’ils sont retournés dans leurs communautés. MSF, avec d’autres associations et dans le cadre d’initiatives nationales, a envoyé des équipes dans les communautés touchées afin de diffuser des messages de santé et pour aider à réduire la stigmatisation et la discrimination. En Guinée par exemple, MSF a touché 18 300 personnes à travers des sessions individuelles ou de groupe.

«En dépit des larges campagnes de sensibilisation et d’information menées tout au long de l’épidémie par les autorités nationales et les organisations internationales, la stigmatisation des patients guéris ou des personnes affectées indirectement par la maladie demeure un enjeu de taille», précise Jacob Maikere. «Cette discrimination peut prendre diverses formes : perte d’emplois, divorces, attitudes de rejets de l’entourage proche ou de la communauté… autant de facteurs qui peuvent être profondément déstabilisants, mais aussi à l’origine de sérieux états dépressifs pour les personnes touchées».

Les travailleurs de la santé durement touchés

Les travailleurs de la santé dans les trois pays les plus touchés ont payé le prix fort en réagissant face à la maladie, beaucoup en ont perdu la vie. Ceux qui ont survécu ont été témoins de nombreux décès et ont dû vivre avec la peur d’être infecté dans leur propre communauté avec l’étendue d’Ebola.

Les travailleurs de la santé en Sierra Leone, Guinée et Libéria ont sauvé beaucoup de leurs concitoyens de l’épidémie d’Ebola, déclare Ibrahim Diallo, chef de mission MSF en Guinée. Mais le virus a créé tellement de peur à travers le pays que certains étaient regardés avec suspicion ou étaient même discriminés à cause du contact qu’ils avaient eu avec des personnes malades.

Poursuite des activités de soutien aux systèmes de santé

MSF a mis fin à ses activités liées à Ebola en Guinée et en Sierra Leone fin septembre, tandis qu’au Liberia, elles se termineront d‘ici la fin de l’année. La plupart des troubles médicaux qui affectaient les patients guéris (problème oculaires, articulaires) ont disparu, éliminant les besoins de prise en charge spécifique. Par ailleurs, MSF a organisé la transition des patients ayant besoin de continuer des soins de santé mentale vers les systèmes de santé nationaux des trois pays, pour leur permettre de continuer leurs soins.

MSF continue à prodiguer des soins en Afrique de l’ouest

MSF continuera ses efforts afin de procurer des services qui se concentrent sur les besoins de santé non rencontrés ou sur les personnes vulnérables à travers les trois pays touchés par l’épidémie.

«Chaque renforcement des services de santé dans les trois pays infectés doit inclure une amélioration des mesures de contrôle de l’infection, de la surveillance des systèmes afin d’assurer un monitoring à temps des potentiels cas ainsi qu’un plan de  base qui permet de réagir rapidement à une épidémie d’Ebola ou d’une autre maladie», explique Mit Philips, conseillère en politiques de santé chez MSF. «Les pays ont également besoin de plans pour que les autres services continuent pendant l’épidémie, comme les traitements contre le VIH et la tuberculose, ainsi que les services préventifs pour lesquels la couverture reste basse».

À Monrovia, MSF a ainsi ouvert un hôpital pédiatrique, le Bardnesville Junction Hospital (BJH), dont le volume d’activités demeure important. Entre janvier et août 2016, plus de 3280 admissions ont été comptabilisées aux urgences, 880 hospitalisations, principalement pour des cas de paludisme, ont été enregistrées en soins intensifs, et 512 nouveau-nés ont été pris en charge dans une unité néonatale de 22 lits.

MSF continue également à prodiguer des soins aux patients atteints du VIH à Conakry, la capitale de la Guinée, et des soins maternels dans les districts de Tonkolili et de Koinadugu en Sierra Leone. L’organisation a également positionné des fournitures d’urgence dans la région afin d’être certaine que les équipes médicales pourront réagir rapidement face à une future épidémie d’Ebola ou d’autres épidémies menaçantes.

Médecins sans frontières (MSF)

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