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Invités à discuter des voies à suivre “pour une Afrique plus compétitive”, les experts réunis pour la première conférence plénière de l’édition 2014 du Africa CEO Forum, n’ont pas esquivé les faiblesses du continent notamment en matière d’infrastructure et d’investissements en capital humain. Ils se sont pourtant bien gardés de reprendre le slogan d’un développement africain “à l’asiatique”.

“En matière de compétitivité, nous ne sommes pas si mauvais”. La formule, apparemment défensive de Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, résume pourtant le diagnostic sévère mais vigoureusement optimiste de la première conférence plénière du Africa CEO Forum 2014 qui s’est ouvert ce lundi 17 mars à Genève.

Investissements

Les experts réunis pour discuter des voies à suivre “pour une Afrique plus compétitive” ont été prompts à identifier les faiblesses actuelles des économies africaines, notamment en matière d’infrastructures et d’investissements en capital humain. Dans sa présentation introductive, Francisco Ferreira, économiste en chef pour la région Afrique de la Banque mondiale, a noté que “le coût médian de l’électricité pour une entreprise en Afrique équivaut à deux fois celui facturé à une firme en Asie du Sud-Est. L’accès à internet et à la téléphonie mobile est lui cinq fois plus élevé”.

“L’Afrique n’a aucune chance de faire concurrence à la Chine… tant que les Etats africains ne permettent pas la libre circulation des biens et des personnes” Mo Ibrahim

Kingsley Moghalu, vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria a quant à lui insisté sur le manque de main d’oeuvre qualifiée et sur l’inadéquation de la formation académique des jeunes Africains aux réalités du marché du travail. Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement a lui insisté sur le besoin d’améliorer les infrastructures logistiques en Afrique.

Modèle(s)

Pour autant, les intervenants à cette session ont tenu à insister sur le danger qu’il y avait à calquer sur l’Afrique contemporaine les modèles “extérieurs”. Moquant cette habitude, le milliardaire soudanais Mo Ibrahim a pris l’exemple de la charge fiscale régulièrement invoquée en Occident comme frein à la compétitivité, notant qu’à cette aune “l’Afrique est le continent le plus compétitif au monde”.

Se tournant vers les 650 patrons réunis pour cette session plénière, il a sèchement noté : “Vous entrepreneurs ne payez pas d’impôts, personne ne paie d’impôts en Afrique”. Le vrai défi à la compétitivité de l’Afrique serait selon lui l’absence d’intégration régionale : “L’Afrique n’a aucune chance de faire concurrence à la Chine… tant que les Etats africains ne permettent pas la libre circulation des biens et des personnes”, a-t-il martelé.

Jean-Pierre Lehmann, professeur d’économie politique à l’IMD de Lausanne, a invité les décideurs africains à “ne pas être obnubilés par l’Asie”, en raison notamment de la différence entre le contexte géopolitique et économique actuel et celui qui a vu l’essor des tigres asiatiques. Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC, a aussi averti qu’il ne fallait pas que “l’Afrique se trompe d’école”. Selon lui, “il y a vingt ans, l’orientation à suivre en matière d’organisation de la production était la concentration”. Au cours des vingt prochaines années, l’orientation majeure sera selon lui “la répartition de la production”. Pour cela, il est important de “mettre l’accent sur les réseaux, les tuyaux qui permettront de produire et distribuer les biens et services en Afrique”.

Succès

Poussant l’analyse plus loin, Moulay Hafid Elalamy a mis l’accent sur “la compétitivité actuelle des économies africaines”. Revenant sur le choix fait par le Maroc de promouvoir une remontée dans la chaîne de valeur de ses industries locales, le fondateur du groupe d’assurance Saham a rappelé que, il y a quelques années, “ce pari paraissait irréalisable”. “Aujourd’hui, s’est-il réjoui, nous avons des opérateurs aéronautiques au Maroc, à l’image de Bombardier, accompagné de 100 équipementiers. Nous avons des opérateurs automobiles, à l’image de Renault, accompagné lui de 200 équipementiers.”

Le ministre marocain s’est voulu optimiste : “Nous avons des entreprises africaines qui produisent en Afrique et exportent en Chine aujourd’hui.” Qu’il s’agisse du coût du travail (“les salaires chinois sont en train de grimper”) ou de la logistique et du transport, certaines économies africaines disposent “d’éléments compétitifs extrêmement intéressants” qu’il ne faudrait pas négliger.

Clôturant cette première cession plénière, Donald Kaberuka a considéré pour sa part qu’il était plus important que l’Afrique se concentre sur son expérience passée et tire clairement les leçons de ses échecs. Le patron de la BAD (co-organisatrice du Africa CEO Forum) a également promis que la prochaine édition de cette rencontre aurait lieu en Afrique.

Africpost via JeuneAfrique

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