vw_logo

Volkswagen fait face au plus grand scandale de l’industrie automobile de l’histoire. Onze millions de véhicules ont été équipés illégalement de logiciels anti-pollution pour passer les tests d’homologation. Retour sur les origines d’une révélation qui touche le monde entier.

Est-ce le fruit d’une sensibilisation accrue aux questions environnementales, à la perspective d’une amende spectaculaire ou à la renommée du constructeur allemand ? Toujours est-il que la supercherie de Volkswagen pour masquer la non-conformité de ses véhicules a eu un écho international impressionnant. Depuis les aveux du constructeur,provoquant la démission du PDG Martin Winterkorn mercredi en fin de journée, plusieurs pays, dont la France, ont annoncé vouloir diligenter des enquêtes pour s’assurer qu’aucun autre groupe automobile ne truque ses modèles dans le but de fausser les données d’émissions de gaz polluants. Retour sur une affaire qui pourrait avoir des conséquences importantes sur le secteur.

Comment le scandale a éclaté ?

La nouvelle était assez inattendue. En 2013, la marque allemande fait tellement bonne figure qu’elle est choisie par l’ONG International Council on Clean Transportation afin de prouver que les voitures sont moins polluantes sur le sol américain que dans le reste du monde. Et elle diligente l’université de Virginie-Occidentale pour mener les tests. Manque de pot, l’équipe du chercheur Gregory Thompson lève un lièvre. Dans son rapport rendu public, le Centre pour les émissions, les moteurs et les carburants alternatifs (CAFEE) de l’université de Virginie-Occidentale fait part d’écarts importants entre les taux d’émissions réels d’oxyde d’azote (NOx) dégagés par les voitures Volkswagen et ceux déclarés lors des tests réglementaires effectués par les autorités américaines. Réalisés sur trois voitures en milieu rural, urbain, en pente et sur autoroute, les tests montrent que les émissions de NOx, le principal polluant atmosphérique, sont 15 à 35 fois supérieures aux normes américaines pour le premier modèle de Volkswagen et 5 à 20 fois supérieures pour le second. Aucune anomalie importante n’a été relevée sur la troisième voiture inspectée, une BMW.

L’ONG transmet dans la foulée ses informations à l’Agence de protection de la qualité de l’air californien (CARB) et à l’Agence de protection de l’environnement (EPA) qui arrivent aux mêmes conclusions. Trois mois plus tard, le groupe Volkswagen admet sous pression avoir trompé les autorités américaines depuis 2009 en équipant ses véhicules de logiciels électroniques capables de détecter automatiquement les phases de tests de mesure antipollution avec l’objectif clair de limiter les émissions de polluants. Un moyen pour la firme d’éviter les coûts liés aux investissements nécessaires pour entrer dans les normes.

Quelles conséquences pour Volkswagen ?

Outre l’impact très négatif sur l’image de la marque auprès du public, dont les conséquences économiques sont difficiles à prévoir, le constructeur allemand est déjà sous la menace d’une amende record et d’enquêtes administratives en cascade. La Corée du Sud, l’Italie, l’Allemagne, la France et la Suisse ont annoncé des enquêtes. La justice américaine est en droit de réclamer jusqu’à 37 500 dollars pour chacun des 482 000 véhicules concernés aux Etats-Unis, soit une facture de 18 milliards de dollars pour Volkswagen – un montant très théorique, l’amende sera négociée. Le constructeur risque aussi faire face à des class actions lancées par les propriétaires des véhicules. Quelques heures seulement après les révélations, plus d’un millier de plaintes en provenance d’un vingtaine d’Etats américains ont été envoyées au groupe, qui a annoncé qu’il provisionnerait 6,5 milliards d’euros pour faire face au scandale. Volkswagen est pourtant encore loin d’être fixé sur les pertes totales auxquelles il devra faire face. Il a avoué mardi que 11 millions de véhicules étaient équipés de ce logiciel. Les Européens qui possèdent des voitures du groupe Volkswagen (Volkswagen, Audi, Seat ou Skoda) avec un moteur diesel de type A189, pourront aussi engager une action de groupe.

Quelles réactions en France ?

Les réactions, attendues, ont fusé, à l’image de la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Ségolène Royal, qui dénonce mercredi «une forme de vol» du contribuable et de l’Etat et appelle à des investigations européennes pour approfondir les mécanismes de fraudes, dans un communiqué. Jean-Luc Mélenchon a, pour sa part, demandé d’appliquer le principe de précaution en suspendant la vente de voitures Volkswagen en France en attendant les résultats de l’enquête.«Volkswagen incarne l’arrogance du made in Germany. Après la crise agricole de cet été et cette crise automobile, c’est une fenêtre d’opportunité pour se dire que le made in France ce n’est pas si mal», a réagi la tête de liste LR pour les régionales en Rhône-Alpes et Auvergne, Laurent Wauquiez. Avant même de probables prochaines révélations à l’issue de ces investigations, le premier constructeur mondial dont l’action en bourse s’est effondrée de 35% en deux jours, a entraîné avec lui l’ensemble du secteur automobile dans sa chute, à l’image de PSA qui plonge en bourse de 14% ou Renault de 12,5%. De quoi inquiéter : le secteur emploie près de 10% de la population active dans le monde.

Quelles conséquences sur les procédures ?

Les Etats-Unis sont, à l’heure actuelle, plus exigeants que les Européens en matière de pollution mais, se voulant toujours plus contraignante, l’Union européenne divise les valeurs limites des principaux polluants par deux tous les cinq ans. Résultat, les constructeurs qui n’ont pas le temps de suivre la cadence ont trouvé des stratagèmes pour réduire au maximum les émissions lors des tests d’homologation. Si l’on ne peut pas parler de tricherie comme pour Volkswagen, il s’agit d’optimiser les émissions de gaz polluants et limiter au maximum la sollicitation du moteur lors des tests d’homologation. Selon une étude de l’ONG Transport & Environment, neuf voitures diesel neuves sur dix en Europe ne sont pas conformes aux normes de pollution en condition normale de circulation. L’écart des résultats d’émissions entre les contrôles officiels en laboratoire et ceux effectués en condition réelle a bondi ces dernières années, passant de 7% en 2011 à 40% en 2014.

Pour se rapprocher des conditions réelles de conduite, une révision des tests d’homologation devrait entrer en vigueur au niveau international en 2017. Le but sera de bannir les contrôles en laboratoire et d’obliger les constructeurs du monde entier à investir dans les nouvelles technologies. Cette procédure d’homologation unique et internationalement reconnue est actuellement mise au point par des experts de l’Union européenne, du Japon et de l’Inde, en partenariat avec la Commission économique pour l’Europe des Nations unies.

Concernant les contrôles, en Europe, chaque véhicule subit un cycle de roulage de 11 kilomètres sur banc à rouleau dans un laboratoire. Des accélérations, des décélérations et des paliers à vitesse constante sur une durée de vingt minutes sont programmés pour simuler des conditions réelles sur route. Un procédé de plus en plus contesté par les associations de défense des automobilistes et les écologistes. Les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone, les hydrocarbures et les particules fines sont ensuite pesés et récupérés à la sortie du pot d’échappement pour évaluer la consommation par kilomètre parcouru au gramme près. En Europe, seuls des certificateurs agréés peuvent effectuer ces tests et homologuer les véhicules. Le problème est qu’ils sont en concurrence pour attirer les constructeurs de tous les pays. De plus en plus de voix, y compris celles des constructeurs, s’élèvent pour la création d’une procédure unique.

liberation.fr

Comments

comments

Loading...