La Gambie est un État d’Afrique de l’Ouest enclavée dans la République du Sénégal et riveraine de l’océan atlantique, elle est peuplée de 2.054.000 habitants avec une superficie de 11.295 km2, le pays vient de se plonger dans une nouvelle destinée politique suite à l’élection, contestée par l’ex-président, de Adama BARROW mettant fin aux 22ans de règne de Yahya JAMMEH qui est contraint de quitter son pays par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La population gambienne a tourné la page de l’un des derniers résistants de la colonisation économique, politique, financière et, bien sûr, sociale.

Héritant d’un pays en difficulté, où la pauvreté, le chômage et l’analphabétisme, les arrestations arbitraires et un régime autoritaire ont fini de préoccuper toute la population, le Président élu démocratiquement à l’intérieur de son pays et qui a prêté serment dans un pays voisin, le Sénégal, ne ménagerait aucun effort pour apporter des solutions aux problèmes qui tourmentent toutes les forces vives de la nation. La population désespérée attend du nouveau gouvernement des reformes allant dans le sens de relever le défi.

L’ouverture d’une nouvelle page est, sans doute, imputable à la population gambienne jeune dégoutée et prônant un changement de gouvernance, terrorisée, laissée à elle, écartée de la vie politique et opprimée d’une part. D’autre part, des lobbies, des personnes tapies dans l’ombre, des réfugiés et des exilés, sans oublier des homologues longtemps ignorés par le candidat malheureux qui n’ont pas été que des spectateurs et des personnes indifférentes, ont épaulé, d’une façon ou d’une autre, l’actuel Président pour infliger une lourde défaite au Président sortant. En dépit de sa défaite et de son exil forcé – sommé de quitter le plus vite possible le pouvoir- plusieurs dirigeants, politiciens et hommes d’affaire en sont réjouis de la décision de lui cueillir au palais par les éléments armés de la CEDEAO. Il a fallu l’intervention du professeur Alpha KONDE et du Général Mouhamed Ould Abdel Aziz pour lui convaincre à la dernière minute de se retirer pour céder sa place à BARROW.

Augmenter le taux de croissance du pays

Les investisseurs étrangers ont déjà conquis le pays pour avoir leur part du gâteau et s’immiscent, désormais, dans les affaires du pays, ce que combattait JAMMEH. L’homme avait fait plusieurs modifications dans sa politique pour contrecarrer ses ennemis, comme l’institution du pays en République islamique de la Gambie, la sortie de la  Cour pénale internationale et son retrait  du Commonwealth (groupe d’anciennes colonies britanniques) en 2013, organisation que le gouvernement gambien a qualifiée de colonialiste, son successeur promet de revenir sur ses décisions dans les tous prochains jours.

Les « risquophiles » qui se projettent désormais en Gambie pour préparer leur implantation sont des principaux pourvoyeurs d’emplois et apportent des effets positifs à la croissance. Pour mesurer l’état de développement d’un pays, comme celui dont on parle et dans le monde entier, on utilise souvent le taux de croissance du produit intérieur brut. La croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) en pourcentage représente la variation relative du volume du PIB en dollars constants entre deux années. Elle reflète l’augmentation ou la baisse du niveau d’activité économique dans un pays. L’accroissement des investissements privés comme publics, toute chose par ailleurs égale, intensifie  l’activité économique de la Gambie.

De 1990 à 2015 soit  quatre ans avant l’accession de JAMMEH au pouvoir, la croissance est estimée à -0.69%, en 2015 le pays a réalisé un taux de croissance (1.07%) inférieur à ceux du Sénégal, du Mali et de la Côte d’ivoire dont les valeurs respectives sont de 6.5, 7.61 et de 8.44%. Cela montre que le pays n’a pas connu une croissance forte et durable capable d’avoir des impacts positifs sur la création d’emplois et le niveau d’instruction du pays depuis son indépendance en 1965.

Création d’emplois

En Gambie, les importations des biens et services (en pourcentage du PIB) sont supérieures aux exportations des années 1960 à nos jours et s’arrêtent à 40.87 en 2013 pour les importations contre 29.20% du PIB pour les exportations de la même année. Du coup, le pays est tributaire du reste du monde puis la plupart de ses produits alimentaires viennent des autres pays via le Sénégal. Les importations des biens de consommations intermédiaires, des produits de premières nécessités, et surtout des services, nuisent la création d’emplois. Toutefois la disponibilité de l’eau du fleuve de la Gambie et de la terre fertile n’a pas été exploitée de façon optimale jusqu’à présent par les autorités compétentes. Les taux de chômage et le sous-emploi restent très élevés, l’endettement est estimé à 91.6% du PIB en 2015.

Estimé à plus de 40 %, le chômage des jeunes reste un enjeu de taille en Gambie. Plusieurs initiatives, comme le GAMJOBS 2007-2011, programme gambien de priorité à l’emploi, la politique nationale pour l’emploi 2010-2014 et le nouveau Programme pour accélérer la croissance et la création d’emplois (PAGE 2012-2015), qui ont été déployées afin de promouvoir la création d’emplois destinés aux jeunes et la réduction de la pauvreté et du chômage n’ont été qu’utopiques.

Le faible nombre d’entreprises publiques, des infrastructures déficitaires et des investissements dans les secteurs d’activité minimes seraient les conséquences de la persistance et de la hausse du taux de chômage. Les conditions de vies des citoyens ont provoqué une forte émigration, la fuite des cerveaux et la délinquance. Ces derniers ont un impact, dans un continent où le terrorisme se développe du jour au lendemain, défavorable sur les facteurs clés de la croissance économique et par ricochet sur le développement d’un pays.

Le dysfonctionnement du système éducatif et la faible part des dépenses consacrées à l’éducation publique, en pourcentage du Produit intérieur brut ne permettent pas à une économie d’offrir une main d’œuvre qualifiée au marché du travail et à mesure de créer de la valeur ajoutée.

Il est important de souligner qu’être président est une chose mais pouvoir jouer, pleinement, son rôle en luttant contre l’impunité, en mettant en place des structures et programmes pour créer des emplois, en offrant des soins de santé de qualité et une éducation à tous, en assurant la sécurité des personnes et des biens, en essayant de finir le projet de la construction  du pont entre le Sénégal et la Gambie et le renforcement des liens entre les pays de la sous région, est une autre chose.

Il ya devant Monsieur BARROW plusieurs équations à résoudre et si dans les années à venir la situation reste hystérèse, les questions que les observateurs vont se poser sont de savoir pourquoi préférer un président démocratiquement élu à un « dictateur » et quel serait le rôle de ceux qui ont réclamé –les dirigeants des pays de la CDEAO- l’alternance. Ceux qui ont installé ADO en Côte-d’Ivoire, qu’ont-ils fait lorsque les mutins dictaient leurs lois et les fonctionnaires en grève courant janvier 2017? Ceux qui ont sanctionné l’ancien président sénégalais, Monsieur Abdou DIOUF en 2000 avaient-ils raison si en 2012, ils reviennent pour dire non à Maître Abdoulaye WADE, le prédécesseur du Président Macky SALL ?

BA Oumart
barouba90@gmail.com

 

Comments

comments

Loading...